YVES FLORENNE Ecrivain, dramaturge, romancier, journaliste 1908 - 1992
YVES FLORENNE Ecrivain, dramaturge, romancier, journaliste 1908 - 1992

 

Les Corps de la nuit

Cette grande fable proche du mythe, à la fois récit initiatique et poème d’amour, fait songer aux enchantements de la forêt de Brocéliande, chère aux romans de la Table ronde ; mais il s’agirait plutôt d’une autre forêt qu’Yves Florenne aimait, celle, encore plus sauvage, des Ardennes dont le héros porte le nom : « J’ai toujours aimé le nom d’Arden, de feu et de forêt », confiait Yves Florenne qui ajoutait : « L’histoire d’Arden et d’Yvé est parfaitement étrangère au temps et aux lieux. Dans leurs étapes et leurs épreuves, leurs échappées et leur quête, verra-t-on, sans que j’y aie songé, un voyage initiatique ? En tout cas, c’est un roman d’aventures. » « Cette histoire d’amants spirituels certes, mais d’autant plus ardemment charnels » est « tout entière celle d’une longue nuit blanche. Nocturne non prémédité, qui s’est composé de lui-même, et dont il faut attendre la dernière mesure pour que s’entr’ouvre le jour. » Voici la première rencontre d’Arden et d’Yvé :

– Je suis Yvé.

Le nom l’atteignit comme une pierre d’étoile, creusa en lui un cratère. Elle dit encore, à voix plus basse : – Je suis Yvé, pour moi et pour toi, Arden de Falaën.

Je ne lui demandai pas d’où elle savait mon nom. Le mystère d’ailleurs n’aurait pas été grand : il était gravé sur mes armes, sur la selle aux miroirs. Mais au contraire des hommes, elle n’avait pas même eu besoin d’y aller voir. Elle avait su mon nom comme elle savait les choses. Et moi, soudain, son nom à elle, c’était comme si je l’avais su de toujours, et même avant le mien. J’aimais qu’il fût à elle, et à nulle autre. Yvé, de toute la grande initiale éclatante, ouverte ou fermée, il te signe.

La neige et la nuit avaient absorbé le temps. Entre le Chêne de Mambré et le Château d’arbres, entre mon départ et mon arrivée, il n’y avait pas de durée, mais rien qu’une étendue de neige et de nuit. Pour un seul instant de jour, un éclair infini, je demeurerais.

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© Béatrice Didier